Discours prononcé le 24 juin 2003 sur les marches de l’Opéra Garnier par les archéologues mis à nu.

90% de nos connaissances en archéologie proviennent de la fouille de sites menacés par l’aménagement : construction de routes, d’autoroutes, de lignes de TGV, d’immeubles de bureau ou d’habitation, de zones commerciales ou industrielles. Les archéologues essaient avec leurs moyens de produire des connaissances qui participent à l’écriture de l’histoire. Ces moyens ne représentent pas un millième du budget de ces constructions (0,7 pour mille).

Le patrimoine archéologique est un bien commun très fragile, la destruction d’un site n’est pas seulement une occasion manquée de mieux comprendre notre passé, un opéra non joué, c’est à chaque fois une page de notre histoire qui est brûlée et détruite à jamais.

Premier acte : en novembre 2002, le parlement a supprimé 25% des ressources de l’établissement public, l’INRAP, chargé d’effectuer les fouilles archéologiques sur notre territoire. 800 archéologues ont été mis subitement au chômage réduisant à 1200 le personnel de l’institut. Le parlement et le gouvernement ont supprimé les moyens de travailler des archéologues en les mettant à nu, dans l’incapacité d’assurer leurs missions.

Deuxième acte : ce même gouvernement, aujourd’hui, propose une loi qui vise à démanteler progressivement le service public de l’archéologie en créant un marché ouvert à la concurrence et à la privatisation des fouilles.

Qui ose croire que l’archéologie peut-être une activité rentable ? Quels capitaux investiront dans ce future marché si ce n’est peut-être ceux des aménageurs eux-mêmes, en sous-main, prêts à réduire les délais et les coûts de l’archéologie ? Les archéologues sont peut être nus, mais leurs convictions restent intactes : l’archéologie n’est pas à vendre tout simplement parce qu’elle appartient à tout le monde. Demain, même " à poils ", sans moyen, bâillonnés, asphyxiés, nous continuerons à lutter pour défendre ce patrimoine, pour savoir d’où nous venons et où nous allons, pour nous, pour nos concitoyens, pour nos enfants et les générations futures. Le combat est loin d’être terminé : que les aveugles, les ultras du libéralisme sauvage, les assassins de la culture, les idéologues de la rentabilité à courte vue, leurs complices siégeant au parlement, les ignorants qui n’ont plus le droit de ne pas savoir… que tous ces gens se tiennent prêts à devoir nous entendre et à répondre devant l’opinion de leur loi stupide et assassine.

La France du sous-sol irréductible